Revendications

À nos urgences engorgées, il y a des solutions

Depuis plus de 20 ans, les urgences du Québec font régulièrement la une des journaux, soit parce qu’elles sont encombrées, soit parce que les délais d’attente pour être traité sont longs. Plusieurs des raisons à la base de ces problèmes sont pointées du doigt depuis longtemps : manque d’accès à la première ligne médicale et au plateau technique en dehors de l’hôpital, manque de prise en charge par la première ligne des patients vulnérables, occupation des lits dans les hôpitaux par des patients en attente d’hébergement ou de réadaptation.
Cette situation n’est pourtant pas inévitable. De nombreux pays ont en effet réglé les problèmes de leurs urgences, comme en témoignent notamment les résultats des enquêtes internationales du Commonwealth Fund. Au Québec, il existe des urgences qui font meilleure figure que d’autres. Pourquoi ? Dans le cadre d’une étude effectuée en 2016, le commissaire à la santé et aux services sociaux a fait l’inventaire des pratiques mises de l’avant dans les hôpitaux du réseau québécois afin de contribuer au désengorgement des urgences. Selon ce rapport, les pratiques qui contribuent le plus au bon fonctionnement des urgences sont :
  • améliorer l’accès au médecin de famille et la continuité des soins pour éviter que les patients aillent à l’urgence de façon inappropriée ;
  • permettre aux patients qui en ont besoin d’obtenir un diagnostic rapide sans passer par l’urgence ;
  • assurer l’adéquation entre les ressources médicales et le volume de visites à l’urgence ;
  • accroître les responsabilités des infirmières à l’urgence ;
  • assurer la disponibilité des lits sur les étages lors d’un débordement à l’urgence ;
  • définir des cibles prédéterminées pour améliorer la performance à l’urgence et suivre de manière continue leur atteinte ;
  • permettre aux médecins de se comparer et d’améliorer leur pratique ;
  • soutenir la performance dans les urgences par un financement adapté ;
  • rendre compte à la population, de façon transparente, de la performance des urgences et favoriser ainsi une culture de l’excellence.

Les solutions existent et certains hôpitaux de la province en ont prouvé l’efficacité. Les décideurs publics ont par conséquent à leur disposition un coffre à outils bien garni afin d’améliorer la situation des urgences au Québec. Si on souhaite sincèrement que les patients puissent être traités dans les meilleurs délais et à l’endroit le plus approprié pour leur état de santé, encore faut-il s’atteler à la tâche.

Or, au-delà de l’optimisation des ressources, pour que ces solutions donnent des résultats intéressants, il faut :

  • que la gestion accorde une plus grande importance aux urgences dans chacun des hôpitaux et redonne au personnel soignant les pouvoirs décisionnels requis afin d’accélérer le processus de décision ;
  • un fort leadership médical, incluant une collaboration étroite entre médecins et infirmières et le travail multidisciplinaire ;
  • une approche basée sur l’amélioration de la qualité et l’expérience des soins des patients ;
  • mieux évaluer les performances des urgences et diffuser largement les résultats atteints ;
  • accroître l’imputabilité de tous ceux qui travaillent aux urgences en plus de la gestion de l’hôpital.

Pour mettre fin à un problème récurrent qui dure depuis trop longtemps, non seulement les hôpitaux devront réviser leurs façons de faire, mais aussi changer leur façon de penser. Il est temps de remettre le patient au centre des préoccupations et en réorganiser les services en conséquence pour répondre avant tout aux besoins du patient. En revanche, les usagers du réseau de la santé devront pour leur part éviter d’aller à l’urgence pour des situations non urgentes.