Revendications

L'Outaouais est sous-financé en santé

En août 2018, une étude de l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) venait confirmer ce que plusieurs affirmaient depuis longtemps ; les services de santé sont moins bien financés en Outaouais qu’ailleurs au Québec. La conclusion du chercheur principal de cette étude, Bertrand Schepper, était alors la suivante ; 

« À la lecture des résultats, on peut conclure que le manque de financement du système de santé en Outaouais crée une pression sur l’ensemble du système et se traduit par une accessibilité réduite et des services de moindre qualité par rapport aux régions comparables et à la moyenne québécoise »

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Des chiffres qui parlent d’eux-mêmes : Avec ses 389 000 habitants (2016), l’Outaouais est l’une des régions du Québec dont la population croît le plus depuis quinze ans. Notre région représente maintenant 4,7 % de la population du Québec. Pourtant, le gouvernement du Québec n’investit chez nous que 1938,00 $ par habitant alors que la moyenne du Québec se situe à 2569,00 $. Cela représente un manque à gagner de 631,00 $ par personne. Plus encore, si nous comparons le financement de l’Outaouais à celui des trois autres régions du Québec qui nous ressemblent le plus (Bas-St-Laurent, Saguenay–Lac-Saint-Jean et Mauricie & Centre-du-Québec) cet écart grimpe à 804,00 $ par habitant. Tout cela signifie que l’Outaouais ne reçoit que 75,4 % du financement accordé aux autres régions du Québec. Cela veut aussi dire que notre gouvernement doit rapidement hausser le financement annuel de 250 000 000,00 $.

Tous les secteurs de notre réseau en sont affectés : Selon l’étude, les taux de financement par secteurs d’activité sont tous sous la moyenne nationale. De fait, l’Outaouais ne reçoit que 75,4% de financement en regard de la moyenne québécoise.

Le gouvernement du Québec préfère financer les hôpitaux ontariens : À cause de cette situation, 139 000 personnes de l’Outaouais (en moyenne) vont, chaque année, chercher une partie de leurs services de santé en Ontario. Bon an, mal an, c’est en moyenne 100 millions de dollars que la RAMQ accepte donc de rembourser à l’Ontario plutôt que d’investir cette somme dans notre propre système de santé et notre économie locale.  

Des médecins moins disponibles qu’ailleurs : L’Outaouais dispose d’autant d’omnipraticiens que les autres régions du Québec. Toutefois, ces médecins sont plus occupés ici qu’ailleurs (8,2 %). Ces médecins sont donc moins disponibles pour faire du sans-rendez-vous et travailler aux urgences. Ce manque d’accessibilité à un médecin a comme répercussion que ceux qui ne peuvent obtenir une réponse rapide à leurs besoins vont embourber les urgences de nos hôpitaux, ou se dirigent simplement vers les services ontariens.

Un manque de lits de courte durée : La disponibilité de lits de soins de courte durée est 25 % plus basse en Outaouais qu’ailleurs au Québec. Une fois de plus, cela a pour effet de diriger ceux qui en aurait besoin vers l’Ontario ou, pire encore, de ne pas soigner correctement ces personnes dont l’état se dégradera davantage avant d’accéder aux soins.  

Nous n’arrivons pas à retenir médecins-spécialistes et infirmières : Par rapport à la moyenne québécoise, l’Outaouais ne dispose que de 58 % des médecins spécialistes et que de 68 % des infirmières dont il aurait besoin. Or, la situation lamentable du financement de notre réseau, les mauvaises conditions de travail que cela implique et la concurrence des conditions du réseau ontarien ne peuvent être étrangères à notre difficulté à recruter et à retenir ces professionnels.

Nous demandons à nos élus régionaux d’agir : Face aux résultats de cette recherche et aux dommages ainsi causés aux gens de l’Outaouais depuis si longtemps, nous demandons aux cinq députés de la région d’agir rapidement et conséquemment. Il serait inadmissible d’exiger des gens de l’Outaouais de subir plus longtemps une telle injustice. La reconnaissance, en novembre 2019, de ce sous-financement par l’Assemblée nationale fut un premier pas encourageant. Toutefois, aucune vague promesse ou remise ne seraient acceptables.

Note à nos élus : un financement supplémentaire ne signifiera pas automatiquement une meilleure organisation des soins de santé. Ça, c’est un autre défi de taille qui nous attend.