Revendications

Les soins à domicile : c'est bénéfique pour tout le monde

En Outaouais, le réseau régional de santé compte présentement quatorze CHSLD (12 publics et 2 privés-conventionnés) hébergeant 1290 personnes.    La région compte également sur quelques ressources intermédiaires privées où habitent près de 550 personnes ayant des limites physiques ou psychosociales. L’Outaouais a aussi à sa disposition plusieurs complexes d’habitation privés destinés aux personnes vieillissantes et toujours autonomes.  Toutefois, ces endroits où on offre aussi des services de repas, d’animation et d’accompagnement sont souvent onéreux et par conséquent accessibles qu’aux mieux nantis.  De plus, ces places d’hébergement ne représentent que 40% de la cohorte des personnes en perte d’autonomie.  La région a présentement une clientèle de personnes âgées ayant besoin d’aide qui s’élèverait à plus ou moins 4600 personnes.  Chaque année, et pour encore environ une décennie, ce besoin pourrait doubler chaque année.  Entretemps, la vaste majorité des personnes âgées de l’Outaouais demeurent à domicile.  
En santé publique, on reconnait depuis longtemps que le domicile est, de préférence aux hôpitaux et autres institutions, le meilleur endroit pour se rétablir d’une maladie ou d’une blessure, ou encore pour prendre en charge des maladies de longue durée. Les soins à domicile sont une composante essentielle d’un système public de santé. Les soins à domicile, c’est pour les personnes âgées fragiles, les personnes qui souffrent de maladies chroniques invalidantes et aux personnes en fin de vie ; mais aussi pour aider la famille à faire face aux besoins en soins de santé d’un membre de la famille, ou encore fournir aux proches aidants le soutien dont ils ont besoin.
Les services offerts à domicile peuvent aider les personnes atteintes de problèmes de santé ou de déficience légère, aussi bien que celles qui ont besoin de soins intensifs et d’équipement perfectionné. Les services de soins à domicile comprennent généralement les soins infirmiers ; les soins personnels, tels que se baigner, s’habiller et se nourrir ; la physiothérapie ; l’ergothérapie ; l’orthophonie ; le service social ; la diététique ; et l’aide aux tâches ménagères. D’autres services sont parfois offerts aux gens qui ont besoin d’aide à domicile, notamment les programmes de jour pour les personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer, les services de livraison de repas et les programmes de visites amicales.
Non seulement les soins prodigués à domicile peuvent réduire considérablement le nombre et la durée des hospitalisations, ils contribuent aussi à désengorger les salles d’attente des urgences et soulager l’horaire chargé des médecins en cabinet. Autre avantage non négligeable, les soins à domicile sont aussi plus économiques pour les gouvernements que les séjours à l’hôpital : coût quotidien des soins à domicile 55 $ ; coût quotidien des soins de longue durée 130 $ ; coût quotidien des soins en milieu hospitalier 1 000 $ (selon l’Association des infirmières et infirmiers du Canada).
Et pourtant, le nombre d’heures de services à domicile fourni par les employés du secteur public québécois n’a augmenté que de 4,3 % entre 2014 et 2019, alors que les heures offertes par des fournisseurs privés, comme des agences de placement de personnel et des entreprises d’économie sociale, a explosé de 168 %, selon l’étude de l’Université du Québec en Outaouais intitulée « La place des secteurs public et privé dans la prestation des services d’aide à domicile au Québec depuis la réforme Barrette de 2015 ». Entre 2014 et 2019, le nombre d’heures de services d’aide à domicile offert aux personnes âgées, aux personnes ayant un handicap physique, une déficience intellectuelle ou un trouble du spectre de l’autisme a augmenté de 59,7 % au Québec. Pas étonnant que le gouvernement se tourne de plus en plus vers le privé.
Alors qu’en France, plus d’un millier de médecins se déplacent chaque jour chez les patients ayant besoin d’une consultation, depuis déjà une cinquantaine d’années, au Québec, de petites initiatives similaires existent, mais elles peinent à s’implanter sans le soutien du gouvernement. Au Québec, on a du mal à suivre l’évolution des attentes du public, alors que les pressions afin d’étendre et de modifier les soins à domicile s’intensifient. Pourtant, dans une politique sur les soins à domicile publiée en 2004, le gouvernement du Québec affirmait que « Les services à domicile sont une nouvelle manière de répondre aux besoins, plus efficace, mieux adaptée à la réalité d’aujourd’hui. Pour cette raison, ils ne peuvent être envisagés seuls, comme un secteur en soi ; ils sont interdépendants des autres services, offerts par le système de santé et de services sociaux : les services de première ligne offerts en ambulatoire et les services spécialisés. » Les intentions se sont effritées depuis.

Nous revendiquons un système de soins à domicile digne de ce nom. Un système qui s’assure que les patients ont un accès aux soins de santé et aux services de soutien dont ils ont besoin et quand ils en ont besoin, à l’extérieur de l’hôpital ; un système dans lequel les proches aidants savent où et comment accéder aux ressources et aux mesures de soutien, et sont reconnus comme partenaires dans les soins. Il nous faut, collectivement déterminer combien vaut la qualité de vie des personnes vulnérables qui ont besoin de soins, et que sommes-nous prêts à faire pour leur offrir ce qu’il y a de meilleur.

Le Québec dispose de tous les atouts nécessaires pour développer les services et le soutien à domicile : un réseau de CLSC, un personnel compétent, des dizaines d’organismes communautaires et d’entreprises d’économie sociale en aide-domestique qui desservent toutes les régions du Québec, en plus de milliers de bénévoles. Les soins de santé ne doivent pas seulement ajouter des années à la vie, mais surtout de la vie aux années. Les soins à domicile en sont un élément essentiel.