Revendications

L'accès aux soins et aux services : de la théorie à la réalité

L’accès aux soins et aux services de santé est possible lorsque les lieux de soins sont clairement identifiables, connus de la population et que ces soins et services répondent aux besoins de la population dans un délai approprié.    
Actuellement, ces lieux sont de deux ordres : (1) les urgences de nos 7 centres hospitaliers (Gatineau, Hull, Maniwaki, Shawville, Wakefield, Buckingham et St-André-Avelin), et (2) les groupes de médecine familiale (GMF), et autres cliniques privées où travaillent des omnipraticiens. De ces endroits, tous les suivis (prescriptions, examens ou services spécialisés) peuvent être ordonnés, si nécessaire. Ça, c’est en principe. Dans la vraie vie de tous les jours, tout n’est pas aussi clair. En Outaouais, beaucoup de facteurs rendent l’accès aux soins et aux services difficile.

Des causes connues : En Outaouais, le sous-financement est non seulement connu depuis longtemps mais maintenant reconnu. Lorsqu’il nous manque 25 % de ce qui est accordé aux autres régions du Québec, cela a évidemment pour répercussion de réduire le nombre de lits disponibles pour des soins de courte durée.   Près de 20 % de notre population n’a pas encore de médecin de famille. D’ailleurs, ceux-ci travaillent beaucoup en clinique privée (8 % de plus qu’ailleurs au Québec). Par conséquent, il y a évidemment moins de médecins disponibles pour travailler à l’hôpital, aux urgences ou en milieu rural.   À propos de ces enjeux, nous vous recommandons la lecture, sur ce site, du grand enjeu appelé « Sous-financement ».   

D’autres facteurs ont cependant une influence tout aussi importante sur l’accès difficile aux soins. Entre autres, les particularités de chaque région et de chaque municipalité régionale de comté (les MRC), les ressources financières et techniques disponibles, le contexte et les milieux de travail. Pour sa part, la révision en 2011 du mandat des CLSC a considérablement réduit la possibilité d’accéder directement à certains soins et suivis psychosociaux, sans rendez-vous.   Les fusions, changements de structure et autres réorganisations ont aussi créé une grande confusion dans la tête des citoyens, et ce, sans compter les cafouillages et les ajustements constants qui découlent toujours aujourd’hui de ces réformes.   Enfin, l’hermétisme du langage et des titres donnés aux services créent de la confusion. Un seul exemple ; entre l’usage d’un terme comme celui de CLSC, qui est concret pour tous, et celui de RLS (réseaux locaux de services), un immense fossé de compréhension s’est creusé entre les technocrates et la population. Les gens ne savent plus où donner de la tête.
Jusqu’en 1995, il existait plusieurs portes d’entrée dans le réseau de santé afin d’avoir accès aux soins et services. C’était donc plus facile d’accéder au réseau, mais ça coûtait très cher. Plutôt que de soigner, l’objectif est alors devenu de couper partout pour atteindre le déficit zéro. On a réussi à réduire le nombre de portes d’entrée aux soins.
Aujourd’hui, il nous faut rouvrir certaines des portes, car la façon de faire actuelle coûte aussi très cher, et ce, pour deux raisons : les gens se présentent aux urgences pour des problèmes mineurs parce qu’ils n’ont pas d’autres options et, l’accès difficile aux soins incite les gens à attendre que leur état soit devenu grave avant de faire appel au réseau.
Résultats : d’une part, les urgences sont engorgées, et d’autre part, les gens sont plus malades qu’avant (surtout les maladies chroniques). Un système embourbé et des gens plus malades que par le passé, ça coûte plus cher à la société. Mais il y a des solutions…

Les solutions :

  1. Régler la question du sous-financement de l’Outaouais. Nos cinq députés régionaux, particulièrement les trois faisant partie du gouvernement, dont un ministre régional, doivent faire comprendre à ce gouvernement la gravité de notre situation ainsi que l’urgence de régler, rapidement et pour de bon, ce déficit annuel évalué à 250 millions de dollars.

  2. Développer des approches plus adaptées : les réformes du réseau de la santé n’ont pas eu que des effets positifs. Parmi ces réformes, celle du ministre Barrette a imposé à tous un modèle unique. Or, ce modèle, pensé en fonction des grands centres, a ignoré les particularités régionales (proximité avec l’Ontario) et les différences fondamentales qui existent entre soigner les gens en milieu rural et en milieu urbain. Il nous faut donc adapter cette mégastructure qu’est le Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO) aux besoins d’ici, avec les gens d’ici.

  3. Redonner aux CLSC un mandat préventif et de proximité : afin de désengorger les urgences et de prévenir la dégradation des états de santé populationnelle, rien ne serait plus approprié que d’ouvrir les CLSC jusqu’à 21 h, sept jours sur sept.   Sur place, pourraient très bien être offerts certains services de première ligne.   On parle ici de cliniques sans rendez-vous avec des médecins ou des super-infirmières, des psychologues, ergothérapeutes et travailleurs sociaux. Les CLSC sont des lieux de soins bien moins coûteux que les urgences et pourraient avoir un effet bénéfique transversal sur toutes les clientèles (personnes âgées, santé mentale, jeunes, toxicomanie, crise, petits bobos et autres).

  4. Former les médecins ici et les retenir : d’ici peu, l’université McGill, en collaboration avec l’Université du Québec en Outaouais, formera des médecins ici dans la région. Une bonne nouvelle en soi. Cependant, comme partout au Canada, la rétention des médecins en région en Outaouais demeurera probablement un défi.  Or, pour améliorer les probabilités que les étudiants en médecine s’installent en milieu rural, les expériences de plusieurs provinces, notamment l’Alberta, ont montré que le fait de provenir de ces milieux et d’avoir une formation qui prépare les futurs médecins pour le type de pratique qu’on y trouve sont les facteurs les plus déterminants dans la prise de décision de s’y installer.  L’Alberta a ainsi créé des campus régionaux en milieu rural, elle a allongé la durée des stages des étudiants en milieu rural, en plus de développer des programmes spéciaux de formation spécifique pour la pratique rurale.  Matière à réflexion. Plus encore, il est réaliste de croire que la formation de médecins dans la région pourrait se transformer dans la mise en place d’un pôle d’excellence en santé en Outaouais.  Une belle occasion de moderniser la place qu’occupe la médecine dans l’organisation de notre réseau public de santé.

  5. Revoir l’organisation du travail : la pandémie nous l’aura démontré de façon brutale (au point de faire appel à l’armée dans les CHSLD), il faut améliorer les conditions de travail du personnel soignant, si on veut en embaucher plus et les retenir. Le climat de travail est tel que les gens fuient le réseau public pour chercher de l’emploi ailleurs. Nombreux sont les professionnels de la santé qui veulent travailler, mais pas aux conditions proposées par le ministère de la Santé, surtout pas aux nombres d’heures supplémentaires qu’on leur impose.  En revanche, ceux qui désirent travailler dans le secteur public, malgré les conditions offertes, frappent un mur parce que la demande en personnel infirmier est limitée. Il est temps de faire le ménage et de doter les postes pour réduire les heures supplémentaires imposées.

  6. Offrir une assurance médicaments 100% public : Que le gouvernement du Québec prenne acte du consensus social et scientifique québécois qu’il agisse dès maintenant pour une réforme de notre régime actuel, pour davantage d’équité dans l’accès aux médicaments et un meilleur contrôle des coûts. Il en va de notre santé, incluant celle de nos finances publiques car les pays dotés de systèmes publics et universels nous montrent qu’ils sont capables de négocier de bien meilleurs prix pour les médicaments.