Revendications

campagne d'envoi de lettres : Agissez pour un vrai plan santé en Outaouais

19 avril 2022


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Deux ans et demi après l’adoption à l’unanimité d’une résolution historique par l’Assemblée nationale du Québec, reconnaissant le sous-financement historique et chronique de l’Outaouais notamment en matière de santé, après une pandémie historique qui a emporté près de 300 de nos concitoyens et mis notre système de santé et ses travailleurs au bord du gouffre, force est de constater l’absence totale de suivi de la part de Québec pour rendre justice à notre région.


Quatre ans après la venue d’un nouveau gouvernement, il n’y a toujours pas de plan pour la santé chez nous, ni de budget particulier pour compenser pour les retards accumulés, ni de plan de rétention du personnel à long terme. Le réseau de la santé et des services sociaux de l’Outaouais a besoin d’un rattrapage et d’un réinvestissement public massif, accompagnés d’une politique régionale intégrant mesures d’attraction du personnel, modernisation des infrastructures et gouvernance décentralisée et démocratisée.


La manifestation explicite de l’absence de plan pour la santé en Outaouais fut sans aucun doute la fermeture partielle de l’urgence de Gatineau pendant sept mois, une situation impensable pour la quatrième ville du Québec. Le quasi-effondrement de nos soins en Outaouais a été le canari dans la mine pour la santé au Québec, tout au long de la quatrième et cinquième vague de la COVID-19.


Ceci ne surprend personne chez nous. Le budget en santé physique pour l’Outaouais est inchangé depuis 2001. Les changements démographiques, technologiques, le vieillissement de la population, l’apparition de nouveaux besoins, l’ignorance de l’Ontario comme facteur de distorsion dans la prestation des soins, des centaines de millions de dollars sur de nombreuses années qui ont été envoyés de l’autre côté de la rivière des Outaouais, avec des coûts 30% plus élevés et des offres d’emplois plus généreuses, nous laisse avec des dépenses de surtemps faramineuses, une masse critique de cas d’épuisement professionnel ainsi que les pires listes d’attentes au Québec en chirurgie et imagerie médicale.


Pourtant, le ministre de la Santé, monsieur Christian Dubé, a annoncé une stratégie spécifique à venir pour l’Outaouais à l’automne 2021. Au printemps 2022, cette annonce semble lettre morte. Personne ne semble être responsable de produire une stratégie quelconque, la députation de l’Outaouais n’a rien proposé comme plan d’envergure et ne possède aucune information sur les efforts pour pallier au sous-financement de la santé dans notre région.


La réalité, c’est que beaucoup de personnel-clé épuisé a déjà quitté pour des emplois avec de meilleures conditions et d’autres suivront, ce qui crée un cercle vicieux. La faiblesse chronique d’un système vital négligé a des conséquences directes à long terme sur la santé, l’économie et la société.


Bien qu’il semble y avoir un certain progrès dans le dossier du nouvel hôpital, que des primes aient été offertes aux infirmières et que la faculté universitaire commence à prendre son envol, il ne s’agit ici que de solutions sectorielles. L’Outaouais doit avoir un plan plus large, tous azimuts, réfléchi, intelligent et intégré qui prend en compte à la fois le financement, le personnel, les infrastructures, la gouvernance décentralisée et démocratisée, la prévention, les soins de proximité et les CLSC en matière de santé et ce, dans une perspective à long terme, au travers d’un rattrapage et réinvestissement public massif.


En plus d’un vrai plan spécifique pour l’Outaouais, ce seraient tous les Québécois qui bénéficieraient d’une révision de la Loi sur financement de la santé. Celle-ci devrait avoir l’équité interrégionale comme principe fondamental en matière de financement du système de santé, en créant des mécanismes pour :


  • Une réévaluation du budget en santé pour chacune régions en fonction de sa population (pourcentage de la population, âge, réalités régionales et géographiques) ;
  • Prévoir des outils de compensation financière pour les retards accumulés depuis 20 ans ;
  • Inclure un mécanisme d’évaluation dynamique population/financement sur une base annuelle ou bisannuelle.
 

Alors que nous semblons condamnés à apprendre à vivre avec la COVID-19 avec une population vieillissante, nous devons à tout prix augmenter notre capacité hospitalière, bonifier l’offre de services de première ligne et de prévention en dehors des hôpitaux et favoriser la collaboration entre professionnelles de la santé. La pandémie a démontré que sans la santé, on ne peut rien accomplir comme société. Elle est à la base de toute vitalité sociétale et économique.


Nous demandons à toute notre députation outaouaise, et à tous les élus de l’Assemblée nationale ayant appuyé la motion de 2019 de faire preuve de leadership et de présenter un véritable plan pour le bien-être de notre région. Surtout, les parties prenantes du réseau de la santé, du secteur communautaire et de la société civile de la région doivent être aux premières loges de l’élaboration d’un tel plan.


Je joins ma voix à celle de mes concitoyen.nes, d’Action Santé Outaouais, de la Table ronde des organismes volontaires en éducation populaire de l’Outaouais et de SOS 07 pour vous rappeler votre responsabilité d’écouter vos commettants et de vous assurer que notre région soit en santé.


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« Refondation » du système de santé : la décentralisation par la démocratisation

4 mars 2022

 

À l’heure où le gouvernement du Québec annonce une « refondation » du système de santé, il est clair qu’une réforme administrative, même majeure, ne suffira pas à surmonter les défis. Le déficit chronique de démocratie sanitaire pourrait bien faire dérailler toute réforme. Depuis le début de la pandémie, les mesures de gestion sanitaire sont élaborées par un nombre restreint d’élu.es, autour du Premier ministre, à travers un processus opaque de consultation de comités scientifiques et de collaboration avec une direction nationale de la santé publique dont l’indépendance fait défaut. Non seulement les parlementaires et regroupements citoyens n’ont pas été consultés dans l’élaboration des mesures, dont l’urgence est certes parfois nécessaire, mais ils n’ont eu qu’un accès limité à l’information. Compte tenu des ratés majeures du système de santé québécois, il serait inacceptable que la « petite révolution » annoncée par le gouvernement ne tienne pas compte de l’ensemble des personnes soignantes et des citoyen.nes ordinaires.

 

La gouvernance démocratique du réseau fait peut-être face au plus grand défi de son histoire. La gouverne par décrets et les renouvellements de l’urgence sanitaire sont des symptômes du déficit démocratique frappant le réseau de la santé depuis trop longtemps. Le manque de transparence dans l’élaboration des directives et des décisions ; l’absence de processus de reddition de comptes ; l’attitude paternaliste du ministère et de certains gestionnaires d’établissements ; la priorité accordée au contrôle des coûts plutôt qu’aux besoins des patient.es ; les effets pervers des modes de gestion importés du secteur privé, sont des phénomènes qui ont été décriés rapport après rapport depuis des décennies. Après deux années de crise sanitaire, et son lot de sacrifices d’ordre économique et psychosocial, force est de constater que parlementaires et citoyen.nes exigent maintenant de se faire entendre.

 

La crise, et par ricochet sa gestion, nous dévoile peu à peu le profond besoin de démocratie sanitaire au sein de notre société. Les luttes des associations de patient.es et de regroupements citoyens avaient pourtant établi, au cours des années, les bases d’une certaine démocratisation en matière de santé. Des processus de consultations et de dialogues avaient été mis en place entre patients, usagers et décideurs publics. Ces pratiques, utiles bien que timides, ont été laissées de côté avec l’arrivée de la COVID-19. L’absence de collaboration avec les regroupements de patient.es et les organismes communautaires contribuent au déficit démocratique grandissant. Et l’absence de dialogue avec les élus et les citoyen.nes et l’imposition de mesures déterminées derrière des portes closes expliquent en partie les divisions profondes se développant au sein de la société.

 

Le ministre de la Santé a récemment fait part de son intention de décentraliser les services santé pour une meilleure prise en main des soins au niveau régional. Cependant, par le passé, « décentralisation » n’a pas toujours été synonyme de démocratisation. Nous rejoignons ici les recommandations de Denis Bourque (Université du Québec en Outaouais). La décentralisation doit d’abord permettre une dévolution de pouvoirs permettant au personnel soignant de participer à l’organisation des soins et des conditions de travail, ce qui ne requiert pas de nouvelles entités juridiques. Les services doivent être décentralisés à travers une sortie de l’hospitalo-centrisme vers les services multidisciplinaires de première ligne, de prévention et de proximité offerts en CLSC, en soins à domicile, par les organismes communautaires et par les organisations d’économie sociale.

 

Enfin, permettre la dévolution des pouvoirs de décider au niveau local est essentiel afin d’améliorer l’offre, la qualité et la continuité des soins. Redonner aux régions rurales certaines responsabilités ne remet pas non plus en question les rôles que jouent politicien.nes et gestionnaires et contribue plutôt à alléger leurs tâches en matière de planification et de gestion des politiques de santé. Les expériences à l’étranger montrent que les systèmes à gouvernance décentralisée impliquant les régions et les villes donnent d’excellents résultats, sans pour autant remettre en question les stratégies nationales et les grandes orientations politiques et financières. En somme, nous rappelons aux décideurs publics que les nombreuses améliorations qui s’imposent au sein du réseau québécois de la santé doivent passer par le renforcement de la démocratie sanitaire.

 

Denis Marcheterre, président

Mathieu Charbonneau, directeur